De la « Mission design » au « design en mission »…

Ancien directeur de l’Ecole nationale supérieure de création industrielle (ENSCI – Les Ateliers), conseiller scientifique au CEA (recherche technologique et design industriel), Alain Cadix expose (régulièrement) pour L’Usine Nouvelle sa vision des mutations de l’industrie par le prisme du design et de l’innovation. Extrait de son article du 12 novembre 2014 :

Pendant une année (2013-2014), jusqu’à son terme, la  » mission  » a mobilisé des designers, des administrations, des territoires, des associations, des clusters, une banque publique, des fédérations professionnelles, des chambres de commerce et d’industrie, des établissements d’enseignement supérieur et de recherche, etc.
Il faut toutefois se rendre à l’évidence : ce n’est qu’une partie limitée d’entre eux qui s’est mobilisée et, parmi tous ces acteurs, la plupart n’a fait qu’un petit bout du chemin escompté. Il faut donc poursuivre l’effort et, puisqu’une page est tournée, cheminer par d’autres routes que celles qui partent de la capitale.

ALLUMER DES  » FOYERS DE DESIGN  » SUR LES TERRITOIRES

Des régions consentent depuis longtemps des efforts au profit du design, de sa promotion, de sa diffusion dans leur tissu économique. L’Aquitaine, l’Ile-de-France, Rhône-Alpes, pour ne citer que les trois premières, sont de celles-là. D’autres viennent d’initier des démarches en ce sens, un effet possible de la  » mission design « … D’autres, encore trop nombreuses, ignorent totalement le design ; il n’apparait pas dans leur stratégie régionale d’innovation. Cette hétérogénéité est préoccupante.
Là où le conseil régional – mais aussi la Direccte, la Drac ou le rectorat – n’a pas pris la mesure des enjeux, il faut que des acteurs de terrain allument des  » foyers de design  » sur leur territoire (pays, agglomération,…) : expositions, conférences, rencontres entrepreneurs – designers, ainsi que chercheurs – designers, interventions de designers dans les lycées et collèges, organisation de stages de longues durées d’élèves-designers dans des PME,…, et mobilisent les médias régionaux.
Cela n’est pas coûteux. Quand les foyers se multiplieront sur le territoire qu’il a en charge, un conseil régional, interpellé, ne pourra plus rester immobile.
Les designers présents dans une région, au moins dans une métropole, auraient intérêt à se regrouper en collectifs, comme, par exemple,  » Designers+  » en Rhône-Alpes, toutes sensibilités professionnelles confondues, pour parler d’une même voix et se faire entendre par les instances politiques et professionnelles, par les services de l’État en régions et faire bouger les lignes par leur implication dans les associations d’entreprises et les administrations, dans les corps intermédiaires, mais aussi les centres de recherche, les universités et les grandes écoles de leur région.

(…)

En cette période de notre histoire économique et sociale, le design, au sens que nous lui donnons, a un rôle à jouer. Puisque la page de la  » mission design  » au niveau de l’État est tournée, il faut vite écrire celle d’un  » design en mission  » sur les territoires. La mutation culturelle attendue passe désormais par cette mobilisation, autant collective que déconcentrée.

Auteur : Alain Cadix, ancien directeur de l’École nationale supérieure de création industrielle (ENSCI – Les Ateliers), conseiller scientifique au CEA (recherche technologique et design industriel) pour l’Usine Nouvelle
@AlainCadix