Design et concertation, un mariage de raison

Point de vue de Bertrand Paris, cofondateur de Tadaa. Urbaniste, Bertrand Paris est à 27 ans l’un des trois cofondateurs de l’agence lyonnaise Tadaa, spécialisée dans le design d’information.

Je me surprends souvent à rêver d’un monde où un trottoir neuf ne serait pas éventré au bout de quelques semaines pour faire passer un câble qu’on aurait oublié. Et où un service en ligne majeur (le site du Compte personnel formation lancé par le gouvernement, par exemple) ne serait pas un échec cuisant en termes de fonctionnement quelques semaines après son lancement. Avant de me rappeler qu’en fait, c’est possible! En procédant par expérimentation et en prenant en compte l’expertise des usagers.

Aujourd’hui, un objet vendu comme étant « design » est un objet présenté comme beau, voire dessiné par un grand nom. C’est oublier l’essence même de cette approche, apparue pour la conception industrielle d’objets. Car il s’agit d’une véritable démarche, basée sur le principe d’essais-erreurs et de prototypes, pour améliorer un objet, jusqu’à aboutir à une version que l’on fabrique à grande échelle.

De là, il paraît assez naturel, finalement, de se dire que l’on peut décliner cette approche sur d’autres éléments, moins « matériels ». Comme les espaces publics qui nous entourent, les politiques publiques, les services publics, ou encore l’information de manière générale. Dans l’idée de trouver ses meilleurs vecteurs d’expression, sa meilleure utilité collective, une ergonomie efficace… Et c’est ce à quoi certains acteurs s’attachent depuis quelques années.

Lire la suite après l’image …

101020150902


La concertation, au sens large, s’évertue quant à elle à partager l’action publique. En urbanisme, il s’agit par exemple d’associer les usagers d’une place publique dans la démarche de construction ou de rénovation, en recueillant leurs paroles et en échangeant avec eux. L’ambition est de leur donner une voix en reconnaissant leur « expertise d’usage », une démarche encore trop souvent utilisée a minima en France.

Les formations en design d’espace ou de services se développent, et les décideurs commencent à être à l’écoute de ces discours. Ainsi, et même s’il est toujours plus facile de juger après coup, on pourrait imaginer appliquer une telle démarche d’essais-erreurs inspirée du design pour, par exemple, la place des Terreaux revue par Buren. On pourrait alors réfléchir à des prototypes qui prendraient en compte son ouverture aux transports en communs, lourds et destructeurs, qui vont nécessiter de nouveaux travaux sur celle-ci.

Il semble donc naturel de rapprocher design et concertation : au travail de sensibilisation et transformation de l’action publique par la concertation, on peut associer la logique de prototype, d’essais-erreur et d’ergonomie du design. D’autant que les deux partagent un ADN commun : l’expérimentation et l’adaptation perpétuelle aux contextes et aux publics. À Montpellier, l’agence de design étrangeOrdinaires, spécialisée en expériences usagers, commence déjà à travailler dans ce sens. Ils coorganiseront d’ailleurs avec Tadaa et la plate-forme CivicWise une journée d’étude Design et participation à Lyon le 6 novembre. Deux concepts que l’on voit bien s’allier dans l’avenir au service de l’action publique et des biens communs, partagés avec tous et pour tous. De l’argent public (ou privé) mieux dépensé ! Presque du simple bon sens, finalement.

Author : Propos de Bertrand PARIS recueillis par http://www.tribunedelyon.fr/

Vignette de l’article : Crédit photo Olivier CHASSIGNOLE