Accueil » Revue de presse » Design thinking vs design doing

Design thinking vs design doing

Le changement d’âge que nous vivons et l’impératif d’innovation nous imposent non seulement de faire évoluer notre croyance dans la technologie comme solution et de considérer désormais les clients comme des personnes, mais également de repenser nos organisations. Alors que ce diagnostic est largement partagé, comment mener ces changements ? Pour répondre à cette question, chercheurs en gestion et consultants en stratégie se sont intéressés aux approches du design. Les designers et les architectes travaillent sur une grande variété de sujets; ils sont créatifs, intuitifs, humanistes; ils possèdent un imaginaire puissant. Ces approches du design ont été érigées en méthode de conduite du changement sous le nom de « design thinking ». À l’usage, cela s’est essentiellement traduit par la tenue de réunions collectives avec les fameux Post-it. Mais celles-ci se sont révélées décevantes en termes d’innovation et de production : une réponse incomplète à un bon diagnostic !

Pour Paola Antonelli, le « design thinking » n’est pas le design. Il est au design ce que la méthode scientifique est à la science. Il ne saurait remplacer le travail des créateurs industriels. De nombreuses entreprises pensent qu’elles pratiquent le design alors que ce n’est pas le cas. L’engouement pour le « design thinking » en France est peut-être culturel ou lié à la méconnaissance des innovations amenées par les « products-CEO », les ingénieurs créatifs et les designers, qui pratiquent le « design doing ». A l’exemple des « designfull companies », comme Swatch, Parrot, Lego ou Apple.

Le « design thinking » est devenu un terrain de jeu pour consultants, avec pour conséquence l’abdication par les entreprises de leurs responsabilités de producteurs d’innovations utiles au profit de la gestion de leurs défis internes. Il va bien falloir apprendre à distinguer « design thinking » et « design doing » car nos grandes entreprises ne pourront pas se permettre de se passer du second pour renforcer leur attractivité et leur compétitivité hors coût.

Author : Jean-louis Frechin, directeur de l’agence No design, pour Les Echos