Il serait une fois… Olivier Peyricot, Directeur du Pôle recherche de la Cité du Design de Saint-Étienne

La Cité du design de Saint-Étienne organise la 10ème édition de la Biennale Internationale Design Saint-Étienne du 9 mars au 9 avril 2017. Olivier Peyricot à la direction scientifique de la Biennale et son équipe préparent activement cette édition placée sous le thème des mutations du travail. La Biennale Internationale Design Saint-Étienne 2017, intitulée Working promesse, présentera un état des lieux et une grande expérimentation, un laboratoire géant. Discussion avec Olivier Peyricot autour des forces et spécificités de la Cité du design et de D’Days et bien sûr de la thématique de la prochaine édition. En bref au travail !

D’Days : La Cité du Design de Saint Etienne et D’Days renforcent leurs échanges ! Quelle forme cela pourrait prendre ?

Olivier Peyricot : Aujourd’hui nous en sommes aux balbutiements, le projet est embryonnaire. Mais l’idée est de faire des expositions qui circulent et que l’on retrouve dans le cadre des D’Days. Et inversement des expos montrées pendant D’Days auront une résonance pendant la Biennale. Beaucoup de ponts sont envisageables.

DD : Y-a-t-il des points communs entre le Festival du design à Paris et la Biennale ?

OP : Au delà de l’aspect caché mais essentiel du business model, les deux événements présentent de vrais points communs. Si de notre côté nous sommes financés majoritairement par des fonds publics, D’Days attire beaucoup de partenariats privés. Au-delà de ça, les similitudes dans les modes opératoires sont nombreuses : une répartition multi-site et une programmation très riche avec des événements étalés dans l’ensemble de la ville et à chaque fois un dispositif off conséquent. Phénomène important, nous donnons tous deux l’opportunité à des petits groupes de s’exprimer : associations, collectifs et TPE. D’Days autant que la Biennale sont des plateformes qui proposent de montrer des savoir-faire. Les deux événements sont festifs avec une lisibilité qui leur permet d’attirer l’attention de nombreux médias.

DD : En somme la Biennale de Saint Etienne serait plus une ‘cousine’ de D’Days qu’une concurrente ?

OP : Oui, il n’y a pas de concurrence ou compétition mais au contraire une possibilité de passerelles intelligentes ! D’ailleurs malgré les points communs précités, nous cultivons nos différences et la Biennale reste singulière avec des objectifs distincts. Par exemple, Saint-Étienne attire des profils d’entreprises différents, s’appuie très fortement sur sa population et possède une politique de territoire.

DD : Donc les deux joueraient la complémentarité …

OP : Oui. Précisons encore que Saint-Étienne bénéficie du statut de Ville de Design (UNESCO) et qu’elle est affiliée à plusieurs réseaux internationaux de design. Son aura internationale est l’héritage mérité d’une volonté pionnière en France avec la création de la Biennale dès 1998. Un rendez-vous qui a en 2010 fait émerger une Cité du Design. Notre écosystème, atypique, est basé sur trois fondamentaux : un développement expérimental en contact avec le territoire, une méthodologie originale de recherche et d’innovation et un lien fort avec l’industrie au travers des PME et entreprises en général couplée à une politique sociale ambitieuse.

DD : Qu’est-ce qui distingue le design stéphanois du design parisien ?

OP : Le design est pluriel. A Paris est produit principalement un design d’auteur, lié à l’industrie du luxe et aux médias. Nous nous sommes construits de manière atypique avec un design stéphanois assez discret, en lien avec son éco-système mais avec l’ouverture sur l’international, curieux des évolutions du design aux quatre coins de la planète, aux antipodes du designer starisé. Cela a porté notre singularité jusqu’à la façon d’organiser la ville : Saint-Étienne est la seule ville de France à avoir un Design Manager au sein de son équipe municipale, reflet du rôle stratégique du design dans la pensée urbaine.

DD : En 2017, la Biennale abordera le thème du travail. Qu’est ce qui a motivé ce choix ?

OP : Le thème et ses contenus ont été générés en interne à la suite d’ateliers de conception. La Cité produit des contenus scientifiques au quotidien dont beaucoup sont au service de la Biennale. Cette année nous avons mis en place avec les commissaires de la Biennale des modalités d’échange avec le centre de recherche et innovation de la Cité du design et l’ESADSE, accentuant d’autant la dimension prospective. L’énoncé étant « la position du design face aux mutations du travail ». Les entreprises sont parties prenantes de la Biennale durant laquelle elles vont par exemple tester, expérimenter, profitant du flux de 100 000 visiteurs ouverts à l’innovation. Le monde de l’entreprise est extrêmement perturbé par ces innovations quasi permanentes : ’uberisation’, Airbnb, … autant de nouveaux modèles qui poussent Mr Tout le Monde à devenir chauffeur, loueur, hôtelier, GO de Club Med et à accueillir le monde entier chez lui ! Ces évolutions définissent la thématique de la 10è Biennale de Saint-Étienne. Il est crucial de s’interroger sur l’impact du numérique et les nouveaux outils d’organisation du travail alors même que le projet de loi sur le code du travail en fait l’impasse : co-working, tiers lieux, partage, … Ces visions nouvelles du travail semblent être plébiscitées. Sont-elles le résultat de la crise économique qui elle est bien là ? Comment son impact social réel, influant le débat social, souvent houleux et suscitant une forte mobilisation des acteurs se retrouve incarné au cœur du travail ? Par déformation professionnelle, les designers s’intéressent au changement ! La versatilité ambiante facilitée par les ordinateurs, l’impression 3D, … devenant dès-lors un champ d’étude, révélant toutes les ambiguïtés et les potentialités de ces types de création.

DD : Donc en écho à votre thématique, comment définir le travail en 2016/2017 ?

OP : En trois points de réflexion : quand, comment et pourquoi. Quand : on observe que le travail s’effectue de plus en plus à n’importe quelle heure et dans n’importe quelles conditions. Ce qui est tantôt une chance pouvant souvent se révéler être un problème. Rappelons que contrairement aux idées reçues les français travaillent énormément, avec une productivité individuelle supérieure aux américains par exemple. Les chiffres le confirment. Comment : nous souhaitons montrer concrètement par quels moyens, le travail ayant subi de profondes mutations technologiques change. Reste la question primordiale du pourquoi : parfois l’on ne sait pas pourquoi l’on travaille. Il s’agit là de la dimension existentielle du travail.

Source : http://www.ddays.net/

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