Innovation : et si nous définissions l’échec autrement ?

Alors qu’une culture de l’innovation peine à se développer en France, de nombreux analystes pointent du doigt nos élites et leur peur de l’échec. Et s’il suffisait de voir l’échec autrement ? Par Nicolas Glady, Professeur et Directeur du Centre Digital Business de l’ESSEC Business School.

L’innovation a besoin d’essais, et donc d’erreurs

Dans l’économie qui est la nôtre, l’innovation est au coeur du développement et de la croissance. Mais l’innovation n’est pas un processus dont l’issue peut être déterminée à l’avance. Innover, c’est faire des tests dont les résultats ne sont, par définition, pas prévisibles. Les tentatives sont nombreuses mais les succès sont rares.

Alors que cette culture de l’essai/erreur – aussi qualifiée de « culture de l’échec » – fait florès au sein des communautés les plus innovantes de la planète (comme la Silicon Valley), elle peine à s’installer en France. Est-ce notre système d’éducation ? Est-ce nos élites qui sont frileuses ? La faute au système ? Il n’en reste pas moins que la peur de l’échec paralyse souvent nos décideurs qui préfèrent ne pas « trop prendre de risques » et jouer la sécurité…

L’échec : quand le processus d’innovation a failli

Mais si le risque était de ne pas tenter d’innover ? Et si nous décidions de qualifier l’échec différemment ?

Puisque nous savons que tous les secteurs seront amenés à se renouveler. Que les solutions d’aujourd’hui seront certainement différentes des solutions de demain. Qu’aucune entreprise ne peut s’endormir sur son modèle économique pendant plusieurs années… Dorénavant, chaque année apporte son lot d’innovations dans tous les secteurs d’activité. Dans un tel contexte, un échec serait donc de ne pas avoir pu – ou voulu – les identifier. Et d’avoir failli à évaluer la façon dont les nouvelles tendances pourraient s’inscrire dans notre activité…

Avec le recul, on constate que de nombreuses entreprises ont connu l’échec par peur d’innover. Le digital existait déjà depuis de nombreuses années avant qu’il ne détruise l’activité historique de Kodak. L’économie du partage était bien connue avant qu’Uber ne déstabilise complètement l’activité des taxis. L’information en ligne était disponible bien longtemps avant que les médias ne soient vraiment touchés par le tsunami numérique…

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Le nombre d’échecs, un indicateur de dynamisme du processus d’innovation

Si ces entreprises n’ont pas réussi à s’adapter à ces innovations, c’est avant tout parce qu’elles n’ont pas osé tester plus rapidement – et avec plus de détermination – les tendances que tous les acteurs du secteur voyaient arriver depuis longtemps… Cette nouvelle conception de l’échec induit la création de nouveaux indicateurs. En effet, le nombre de projets ou de tentatives qui n’ont pas aboutis devient un indicateur du dynamisme du processus d’innovation. Mais pour qualifier l’échec, il serait plus pertinent d’identifier en début d’année les « tendances » probables et comptabiliser par la suite les essais qui ont été effectués pour tester ces tendances.

Un échec serait alors de ne pas avoir creusé une piste qui avait pourtant été identifiée… Un échec grave serait dès lors de ne pas avoir testé une idée qui se serait avérée fructueuse pour un concurrent…

Ce qui est risqué, c’est surtout de ne pas essayer !

En fin de compte, il suffirait que les dirigeants d’entreprise évaluent différemment la performance de leur processus d’innovation. Un échec, ce n’est pas quand un manager tente quelque chose qui n’aboutit pas. L’essai/erreur est le processus normal de la nouvelle économie. Un échec, c’est en réalité quand le manager n’a pas pu – ou pas voulu – tester une nouvelle tendance qui avait pourtant été identifiée comme un développement potentiel de son secteur…

Author : Nicolas GLADY pour LA TRIBUNE [Professeur et Directeur du Centre Digital Business de l’ESSEC Business School]