Innovation : les objets parlent aux villes qui parlent aux objets…

Innovation : les objets parlent aux villes qui parlent aux objets…

Intelligent : l’épithète est tellement accolée aux objets de notre quotidien connecté qu’elle en perd de sa valeur. Un designer utopiste du MIT veut lui rendre sa saveur originelle en inventant l’objet physique programmatique. Et donc contrôlable.

La publicité et le marketing ne possèdent pas l’apanage de la programmatique. Mais de là à imaginer que le code devienne le langage des objets comme il est aujourd’hui celui des machines, il faut une imagination hollywoodienne. La science-fiction cinématographique est piètre prophète -non les voitures volantes de Retour vers le Futur 2 n’existent pas en 2015 ! – mais pour Skylar Tibbits, le matériau intelligent sera bien une réalité technologique pour les grands centres urbains, pas un fantasme de scénariste.


Dans Fast Company, le directeur du Self-Assembly Lab du Massachusetts Institute of Technology, le clame sans tabou : « Nous croyons qu’il est désormais possible de programmer presque chaque matériau pour qu’il change lui-même ses propriétés et sa forme ». Présentée autrement, l’assertion assure donc que les objets physiques peuvent être programmés de la même manière qu’un ordinateur. Une fois que l’Homme pourra contrôler n’importe quel matériau, du bois au métal en passant par le plastique, les objets statiques ne seront que les reliques d’un ancien monde. Et si les matériaux réussissaient à répondre à leur environnement et devenaient eux aussi intelligents ? La ville, ses quartiers et ses rues prendront une dimension aujourd’hui insoupçonnée faisant d’une cité une entité vivante et ingénieuse.

Docteur Mabuse ou génie visionnaire ?

C’est bien le défi que souhaite relever le Lab du MIT. Imaginez un meuble qui s’assemble lui-même ou un pneu qui modifie son adhésion quand la route devient mouillée : la révolution technologique pourrait constituer un tournant majeur dans notre civilisation. Ancien architecte devenu ingénieur informatique puis designer, Skylar Tibbits s’est imposé comme le porte-parole de cette programmatique aussi excitante qu’anxiogène. Docteur Mabuse mégalo ou génie pionnier ? Chacun se fera son opinion. Pour populariser l’idée que le monde physique du futur sera façonné par les matériaux intelligents, Tibbits assume, lui, son rôle d’évangéliste. En 2013 dans un TED Talk, il évoquait l’impression 4D -ou quand le facteur temps s’ajoute à la déjà existante 3D- pour présenter sa vision d’un certain futur. Depuis il travaille à sa concrétisation sur des matériaux de la vie de tous les jours, que ce soit le bois, le textile, la fibre de carbone ou d’autres.

L’impression 3-D n’est que la première étape.

Si les recherches du Self-Assembly Lab sont encore dans une phase de balbutiements, elles suscitent déjà de l’intérêt et des commentaires. Pour Hod Lipson, directeur du Creative Machines Lab de l’université de Cornell -autre fleuron de l’élite scientifique universitaire nord-américaine- le travail de Tibbits dessine les nouvelles frontières du design et de la fabrication de produits. Ni plus ni moins ! « Nous avons dans une première étape, créé la capacité de contrôler la forme d’un matériau via l’impression 3D. La deuxième phase a déjà commencé et nous grattons seulement à peine la surface de la troisième. Nous serons un jour capables de construire des choses aussi compliquées que la nature elle-même peut l’être, en contrôlant les propriétés et le comportement des matériaux », digresse Hod Lipson, interrogé par Fast Company.

Author : Benjamin ADLER pour INfluencia