La France « trop exigeante » handicape les étudiants en design

Avec 5 milliards d’euros de CA annuel estimé en France, le domaine du design concerne 50 000 salariés et 16 000 étudiants. Mais la France est-elle en mesure de fournir un environnement propice à son évolution ? Réponse des professionnels du secteur des Ecoles d’Art et de Design.

La question de l’enseignement supérieur du design et de la recherche préoccupe le gouvernement et les professionnels.

En novembre dernier, le ministère de l’Education lançait une réflexion sur la modification de l’architecture de la filière design vers un modèle Licence, Master, Doctorat plus en adéquation avec le modèle international. L’objectif est de livrer d’ici fin juin 2015 un ensemble de propositions.

Mais cette évolution pose question. « Qu’est-ce que la recherche en design ? Qu’est-ce qu’un doctorat en design ? Et qui va enseigner la recherche ? », s’interroge Jean Delpech de Saint Guilhem, Inspecteur général de l’administration de l’éducation nationale et de la recherche, chargé des programmes création et design et engagé dans cette réflexion pour le gouvernement.

« La France est sans doute trop exigeante sur le côté académique et handicape ainsi les étudiants en design » qui souhaiteraient poursuivre en doctorat, ajoute-t-il, alors qu’en Grande-Bretagne, on « compte déjà 1000 PhD en design ».

« La France est très en retard en matière de recherche en design », constate également Brigitte Borja de Mozota, chercheur en design, auteur de « Design Impact », mandatée elle aussi par le ministère de l’Education. Selon elle, il faut « faire sauter les verrous » et montrer « l’impact du design sur la chaîne de valeur ».

Le « design doing »

En France, le secteur du design représente 5 milliards d’euros de chiffre d’affaires par an, 50 000 salariés et 16 000 étudiants. Mais trouver un emploi à la fin de l’école reste encore compliqué, d’où l’idée de professionnaliser la filière.

Pour Christian Guellerin, Directeur Général de L’École de design Nantes Atlantique, il est de la responsabilité des écoles de veiller à ce que leurs étudiants soient opérationnels et trouvent du travail à la fin de leur formation.

Les étudiants ont évolué, on est passé « d’étudiants qui ont des idées à des étudiants qui les réalisent, du « design thinking » au « design doing » » et l’apprentissage accompagne parfaitement cette évolution. Pour cela il propose la création d’un CFA du design par région qui favoriserait l’intégration des jeunes apprentis en leur permettant d’accéder à une formation diplômante de qualité et de s’insérer rapidement dans la vie active.

Du design en école de commerce ?

Brigitte Borja de Mozota imagine pour sa part de « faire entrer le design dans les écoles de commerce pour changer les mentalités ». Alors que pour Thomas Froehlicher, Directeur Général et Dean – Kedge Business School, l’évolution est déjà en marche puisque la question n’est plus « qu’est-ce que la Business School peut apporter à l’école de Design », mais « ce que l’école de design peut apporter à la Business School ».

Christian Guellerin, quant à lui, rappelle que « les designers sont des managers de projets qui, comme leurs collègues formés en écoles de commerce, gèrent la cohésion entre ingénieurs, designers, créatifs, marketeurs… ». De ce fait, les diplômés en design ont droit à la « même considération et aux mêmes carrières ».

Pour lui, il est donc « urgent d’évangéliser les dirigeants, via l’apprentissage par exemple ». Il rappelle que 40 % des étudiants de 4ème année de L’École de design Nantes Atlantique sont des entrepreneurs.

Pascale Neveu, Directrice des études et Co-fondatrice de l’École Multimédia, renchérit en précisant que les designers numériques qu’elle forme sont les « futurs startupers de demain », rappelant ainsi que les designers ne sont plus seulement des créatifs et doivent être accompagnés dans cette évolution par les écoles de commerce pour toute la formation de gestion. L’avenir du design passera selon elle par la « transdisciplinarité ».

Jean-François Serre, chef de projet design à la Direction Générale des Entreprises au Ministère de l’Economie, de l’Industrie et du Numérique a été mandaté par son ministère pour analyser l’impact du design comme levier majeur de compétitivité des entreprises. Un focus, réalisée par Lyne Cohen Solal, ancienne adjointe à la mairie de Paris, sera également réalisé sur l’enseignement du design et de la mode. Les résultats de cette mission devrait être communiqué à la rentrée 2015.

Author : http://www.batiweb.com/