L’Industrie du futur sera design… ou ne sera pas

Le grand plan Industrie du futur qui succède aux 34 plans de la nouvelle France industrielle, invite les entreprises à repenser leur modèle d’affaire par le numérique. Une mutation impossible sans penser usage et service… et donc design !

En recentrant les 34 plans de la nouvelle France industrielle autour du concept d’industrie du futur et de neuf solutions connexes, le gouvernement a deux objectifs : relancer l’investissement des entreprises dans leur outil industriel et les aider à opérer la transformation de leurs modèles d’affaires par le numérique. Or qui dit nouveaux modèles d’affaires par le numérique, dit service. Et qui dit service, dit usage… et donc design. Une dimension qui semble pourtant toujours occultée par les services de Bercy.

Pour eux l’industrie du futur repose sur cinq piliers. Le premier est – comme toujours – le développement d’une offre technologique, pour aller sur des marchés où la France pourrait prendre des positions dominantes d’ici 3 à 5 ans : la fabrication additive, la visualisation de l’usine et les objets connectés (le lien n’est pas évident, mais les deux technologies sont associées par Bercy) et la réalité augmentée. Le design produit devrait pourtant y trouver naturellement sa place. On veut le croire.

QUI DIT NUMÉRIQUE, DIT SERVICE, DIT USAGE… DIT DESIGN

Le deuxième pilier concerne l’accompagnement et le financement. Avec la récente prise de conscience de BPI France que l’innovation n’est pas que technologique, et que même certains projets de design sont éligibles au crédit d’impôt recherche, on peut espérer que certains projets liés aux usages pourront aussi être soutenus. Ce serait même indispensable.

Le troisième pilier est la formation pour « accompagner la présence accrue du numérique et de la robotisation dans l’usine ». Encore une fois, dans le texte, il n’est fait aucune référence à la formation aux nouveaux modes d’innovation et de conception de produit-service, pourtant inhérents au numérique. Néanmoins, un volet prospectif est prévu, avec le lancement de programmes de recherche pluridisciplinaire et de chaires sur l’industrie du Futur et la place de l’Homme dans le projet. Peut-être les usages… et la pensée design (ou design thinking) en feront-ils partie. On ne peut, là aussi, que l’espérer.

Le quatrième pilier consiste dans la promotion des savoir-faire. Un grand événement et une identité commune « Industrie du futur » sont prévus. L’occasion de faire une petite place au design graphique ?

INSUFFLER UNE NOUVELLE CULTURE

En revanche, peu de chance de voir parler design dans le cinquième pilier, qui consiste au renforcement de la coopération européenne et internationale. Pour autant, le pilotage de ce grand chantier étant confié à une association, l’Alliance pour l’industrie du futur, coprésidée par Frédéric Sanchez, président du directoire de Fives, et Bernard Charlès, directeur général de Dassault Systèmes, tous deux sensibilisé au design, ce dernier pourrait s’y faire une place. Une place de choix ? C’est indispensable.

Car si l’industrie française n’acquière pas vite une culture design, moderniser son outil de production ne suffira pas à développer et produire ces produits-services innovants et désirables, que réclame la nouvelle économie numérique. Apple, notamment grâce à des designers européens, voire français, a donné l’exemple. Allant même jusqu’à rapatrier une petite partie de sa production et investir dans un outil de production innovant ! Son succès, qui ne se dément pas, prouve que, pour l’industrie du Futur, c’est l’exemple à suivre… absolument !

Author : Aurélie BARBAUX pour L’USINE digitale

Vignette de l’article :

Bernard Charlès, directeur général de Dassault Systèmes,tout comme Frédéric Sanchez, président du directoire de Fives devraient pouvoir insuffler une culture design dans le cinquième pilier.

Crédfit photo : Pascal GUITTET