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Peut-on encore ignorer le design ?

Lors de la remise du prix de l’OpenLab Design, initiative de PSA inscrite dans sa politique d’innovation ouverte, Pierre Gattaz, président du Medef, s’est « félicité de la collaboration du constructeur automobile avec des écoles d’art ». Il parlait en ces termes des trois meilleures écoles de design françaises !

On pourrait sourire de cette myopie si elle ne symbolisait pas l’incompétence de nos élites, quelles qu’elles soient, en matière de design. En effet, comment ignorer Apple, première capitalisation mondiale, aux nombreux talents « formés à Paris » ? Mathieu Lehanneur, devenu le conseiller de Huawei, fossoyeur d’Alcatel ?

En pleine Biennale du Design de Saint-Etienne, on se prend à regretter les visions de Georges Pompidou et de François Mitterrand sur le design comme culture, dans les années 1970 et 1980. A cet égard, l’arrêt de la « Mission design », initiée en 2013 par le ministère du Redressement productif, ne constitue pas une bonne nouvelle. Son travail s’attachait à traiter une de nos plus grandes faiblesses : l’illisibilité et la dispersion de nos forces, pourtant réelles.


En France, le design en tant que tel semble poser un problème, souvent créé par les designers eux-mêmes, toujours dispersés. Il est donc difficile d’en donner une définition. Le design souffre de ce qu’on le confond avec une activité alors qu’il est un domaine, comme la musique, la physique ou l’architecture. Il adresse une multitude de pratiques, de styles et d’ambitions différentes, mais toutes créatrices de valeurs entre formes, technologies, usage.

La force du design français repose sur un paysage multiple : les arts décoratifs et appliqués, le design industriel et ses évolutions, et un design d’auteur proche de la singularité du cinéma français. Ce paysage est notre force dans sa diversité et dans ses potentiels d’action entre valeur pour le pays, valeur pour l’entreprise, et valeurs pour les gens et la société. Cette « french touch » ne demande pas tant d’être aidée que d’être comprise pour ce qu’elle peut apporter au pays : l’incarnation d’un art de vivre, d’une culture, d’innovations hétérodoxes dans les produits, les services et l’économie. Peut-on encore l’ignorer, peut-on vraiment s’en passer ?

Auteur : Jean-Louis Fréchin, président de l’agence NoDesign, pour Les Echos