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*** A l’Observeur du design 2018, on trouve le meilleur de l’identité française

Jusqu’au 11 février, la galerie des Gobelins, à Paris, accueille l’exposition de l’Observeur du design. Un événement présenté comme la “vitrine permanente du design français”… mais qui manque cruellement de ligne directrice.

C’est avec un plaisir non dissimulé que l’on retrouve l’exposition annuelle de l’Observeur du design, organisée par l’APCI, Agence pour la promotion de la création industrielle. C’est la « vitrine permanente du design français ». Un événement « reconnu à l’étranger comme porteur de l’identité française, mélange de performance technologique et d’art de vivre à la française ». Car, faut-il le rappeler, la France, avec son parc de centrales nucléaires à haute performance, ses riants abattoirs industriels à la française, ses algues vertes identitaires, ses avions Rafale raffinés, son performant lait aux salmonelles et ses zones commerciales agencées avec goût, est le pays de l’art de vivre que le monde entier nous envie.

Propulsé par une fierté toute française, on bondit donc dans la galerie des Gobelins, accueilli par un affable personnel de sécurité. Et l’on est aussitôt frappé par l’ambitieuse mise en scène : une pénombre savamment étudiée met en valeur les chefs-d’œuvre, disposés sur des coffres transportables, l’exposition étant devenue itinérante (ce qui n’est pas plus mal). Objets sous-éclairés, avez-vous donc une âme… Il semble évident que le dispositif, particulièrement économe en énergie électrique, vise à prouver la performance environnementale de la galerie des Gobelins. On apprécie aussi la délicate couche de poussière posée sur l’ensemble, apportant une authentique patine muséale.

Que d’identitaires réalisations à la française, donc. « Responsables, respectueuses des utilisateurs, des entreprises, de l’environnement », elles vont transformer, enrichir, repenser notre quotidien, le design étant « un catalyseur sans équivalent dans les équipes de projet auxquelles il apporte sa maîtrise des langages non verbaux ­­– dessins, maquettes, scénarios – qui traversent disciplines et cultures ». Ça fait rêver.

A l’issue d’une sélection impitoyable, l’Observeur du design a donc décerné sa célèbre Etoile à trente-cinq merveilles de notre performante civilisation avancée. Elles annoncent les fameuses « mutations de demain », qui seront profondes, surtout à proximité des centrales nucléaires. Parmi ces prodigieux artefacts, l’indispensable nouveau sèche-cheveux Dyson Supersonic, capable de faire Paris-New York en moins de trois heures. Un parfait exemple de l’art de vivre à la française, James Dyson ayant, selon des sources proches du dossier, décidé voilà quelques semaines d’abandonner la nationalité britannique après une rencontre désastreuse avec Theresa May.

Question performance technologique, saluons les « articles culinaires pour les professionnels » de chez Cristel. Nul doute qu’ils sauront booster la compétitivité du matériel humain, capital d’excellence sur les plates-formes de transformation nutritionnelle chimico-thermique (traduction : de chouettes casseroles pour cuisiner de bons petits plats).

Et le fauteuil Première Classe du TGV à haute connectivité, n’est-il pas si français et si performant, avec ses lignes droites évoquant, à n’en pas douter, du mobilier Louis XVI ? Un véritable trône au service du royal séant des hommes.femmes d’affaires faisant l’aller-retour Paris-Bordeaux dans la journée.

Trève de plaisanterie. On ne comprend pas tout dans cette exposition austère, qui semble plutôt destinée aux industriels qu’au grand public, et qui hésite entre design et innovation technologique. Et pourtant, l’Observeur du design a son utilité. La sélection d’objets est très pointue, peut-être trop (du matériel médical qui ressemble à du matériel médical, une luge en bois qui coûte une fortune…), et les bonnes idées sont là : le fin travail typographique d’un tableau de bord d’avion, des objets en verre fabriqués à partir de poudre de coquille d’huître, un séquenceur musical collectif connecté (qui a hélas disparu de son stand), un étui à violon avec GPS pour ne plus se faire piquer son Stradivarius… Bravo aussi pour avoir récompensé des designers graphiques. Mais le mélange de prototypes et de produits effectivement fabriqués n’aide pas à se faire une idée claire de ce qui nous attend. Enfin, on aimerait un peu moins de chauvinisme et un plus de modestie dans le propos.

Et le fauteuil Première Classe du TGV à haute connectivité, n’est-il pas si français et si performant, avec ses lignes droites évoquant, à n’en pas douter, du mobilier Louis XVI ? Un véritable trône au service du royal séant des hommes.femmes d’affaires faisant l’aller-retour Paris-Bordeaux dans la journée.

A voir à la galerie des Gobelins (Paris 13e) jusqu’au 11 février, et ensuite en tournée dans toute la France.

Auteur : Xavier de Jarcy pour Télérama

Vignette de l’article : Casseroles Cristel Castel Pro, design : Paul Dodane – Photo : XJ

Pertinence et intérêt de l’article selon designer.s !

***** Exceptionnel, pépite
**** Très intéressant et/ou focus
*** Intéressant
** Faible, approximatif
* Mauvais, très critiquable