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Axelle Lemaire : « Le compte entrepreneur-investisseur sera le dernier grand acte du mandat pour l’innovation »

En déplacement à Tel-Aviv pour le DLD Innovation Festival, qui s’est achevé ce jeudi, la secrétaire d’Etat au Numérique et à l’Innovation s’est confiée à La Tribune sur ses priorités jusqu’à la fin du mandat de François Hollande. Elle dresse également le bilan de la French Tech, réfléchit sur la création d’une fondation pour la rénovation démocratique …

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LT : Vous êtes secrétaire d’Etat au Numérique depuis 2014 et vous venez d’obtenir le maroquin de l’Innovation suite au mini-remaniement lié au départ d’Emmanuel Macron. Mais il ne reste que huit mois avant la prochaine élection présidentielle et nous sommes déjà en pré-campagne électorale avec la primaire de la droite puis celles de la gauche. Que pouvez-vous faire en si peu de temps ?

AL : Il faut choisir car effectivement, il reste peu de temps. Parce que j’ai désormais accès au dispositif de financement de l’innovation, le compte entrepreneur-investisseur verra le jour dans le cadre de la loi de finances rectificative avec le ministre de l’Economie et des Finances Michel Sapin, et le secrétaire d’Etat au Budget et aux Comptes publics Christian Eckert.

Depuis 2012, la France a créé, notamment grâce à la BPI, des outils de financements sur toute la chaîne de croissance des startups, de l’amorçage au late-stage, et nous avons développé l’écosystème avec la French Tech et des outils comme le Pass French Tech, le French Tech Ticket et les French Tech Hubs à l’étranger. Les amortissements fiscaux ont permis de renforcer le financement participatif et l’investissement des grands groupes. Mais il y a un trou dans la raquette. Il s’agit de la capacité à mobiliser les business angels. Ces particuliers sont prêts à prendre un risque financier et personnel pour investir dans des startups. Mais aujourd’hui, ils subissent une double-peine sur le plan fiscal quand ils réalisent des moins-values. Le compte entrepreneur-investisseur sera la dernière réponse de ce gouvernement à la création de toute une palette d’outils d’aide au financement de l’innovation.

LT : La force de l’innovation réside aussi dans la capacité d’attraction des talents. Comment rendre la France plus attirante ?

AL : Le principal atout de l’écosystème d’innovation -et je dois marteler ce message car il n’est pas encore vraiment intégré dans les politiques publiques-, c’est les femmes et les hommes qui le composent. Le niveau de qualification est primordial, la qualité des formations et du système d’éducation sont un enjeu fondamental pour développer l’envie d’entreprendre chez nous et attirer les meilleurs talents étrangers. Par les temps qui courent, avec le Brexit notamment, tenir un discours de libre-circulation absolue des personnes dans le marché unique européen n’est pas évident.

Très concrètement, le programme French Tech Ticket doit monter en puissance. [Créé en 2015, il vise à inciter des entrepreneurs étrangers à créer des startups en France grâce à des aides -financières, incubation- et à la création d’un interlocuteur unique pour les démarches administratives, NDLR]. Environ 200 entrepreneurs étrangers, actuellement en cours de sélection, seront accueillis pour la deuxième édition, dont des Israéliens et, je l’espère, des Palestiniens. J’aimerais en accueillir 2.000 dans les années à venir.

LT : L’innovation doit-elle être forcément technologique ?

AL : On entre trop souvent dans les sujets d’innovation par le prisme de la technologie. En tant que nation d’ingénieurs, nous avons tendance à focaliser l’effort public sur les innovations technologiques de rupture, qui se situent dans des cycles longs et mobilisent énormément d’investissements. Or, penser comme cela, c’est définir en amont ce que doit être l’innovation et réduire son spectre. Donc l’innovation technologique, je dis oui. La R&D technologique, oui. Mais les innovations d’usage, les innovations sociales, sociétales, démocratiques, oui aussi ! La loi pour une République numérique, la première avec une consultation citoyenne, était d’ailleurs une expérimentation d’innovation politique.

C’est pour cela que je soutiens le mouvement des Civic Tech, car les outils numériques peuvent se mettre au service d’un projet de transformation. J’aimerais beaucoup, mais ce n’est pas encore une annonce car j’y travaille en ce moment, créer une organisation, un réseau, un espace de rencontres et d’interactions pour l’innovation politique. Car aujourd’hui, il n’existe pas de fondation, ni de structure qui pense la rénovation démocratique. Les organisations d’experts, les startups de la Civic Tech, les chercheurs, les constitutionnalistes, les politistes, les élus dans les différents partis… Tous ces gens travaillent sur cette transformation, mais ils ne se rencontrent pas ! C’est un vrai problème.

LT : Le Conseil National du numérique (CNNum) ne pourrait-il pas tenir ce rôle plutôt que de créer une nouvelle fondation ?

AL : Non, car il faut apporter des garanties de neutralité. Or le CNNum, bien qu’autonome, est nommé par le gouvernement. Il peut encourager tous les mouvements d’innovation, impulser des dynamiques, mais il faut une structure pérenne pour devenir la maison d’accueil des Civic Tech.

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Author : Sylvain ROLLAND pour La Tribune

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