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**** Entre le lire, l’écrire et le compter, il existe une autre voie d’expression, “le modeler” ou le former

Pour évoquer le philosophique et le numérique dans le design, les enseignants en arts appliqués ont invité Stéphane Vial, docteur en philosophie et maître de conférences en design et cultures numériques.

Le second rendez-vous du cycle de conférences organisé par les enseignants en arts appliqués du Pôle régional de design portait sur deux aspects du design, le philosophique et le numérique. Le premier participe à la définition du design, le second à son application.

Qui pouvait en parler le mieux sinon Stéphane Vial, docteur en philosophie et maître de conférences en design et cultures numériques à l’Université de Nîmes ? Là-bas, il dirige le PROJEKT (EA 7447), équipe de recherche en innovation sociale par le design, et est directeur de thèses à l’École doctorale 583. Ses travaux contribuent à mieux comprendre l’impact du numérique sur la perception et à développer la recherche en design.

Une interaction via le numérique

C’est ainsi qu’il s’est présenté aux près de 300 étudiants réunis au Centre culturel Yves-Furet. Il a commencé par essayer de les situer : « Je crois que j’ai en face de moi tous les niveaux d’études de l’établissement ». Et de leur demander où étaient les lycéens et les mises à niveau ? Tous les rangs du fond ont levé le doigt. Où étaient les BTS ? Au milieu de l’amphithéâtre. Les Diplômes supérieurs étaient au premier rang. Il a ainsi pu donner un niveau d’apprentissage et de savoirs aux questions qui lui ont été posées.

Il a ensuite donné le programme, ne souhaitant pas donner un cours magistral. Mais comment faire pour provoquer l’échange avec un auditoire aussi nombreux ? Certain que la plupart possède au moins un smartphone ou une tablette, il a invité chacun à communiquer avec lui, au fil de son propos, grâce au hashtag #lasout. Il a ainsi appliqué une innovation pédagogique, un dialogue entre lui et le reste de l’auditoire sans gêner la fluidité du propos. Il a parlé de l’intelligence collective partagée : « C’est plus qu’un carnet de notes, vous pouvez réagir, illustrer votre contribution de photos… ».

Dans la salle, tout en haut, les plus jeunes ont pianoté sur leur smartphone, leurs aînés n’ont posé ni le carnet ni le stylo, ils ont privilégié les fondamentaux.

Une fois posées les règles, Stéphane Vial est entré dans le vif du sujet : le design.

Son approche philosophique est à la fois déroutante et lumineuse. « Avant de poser la question « où va le design », nous devons nous interroger d’abord sur « d’où il vient » ; on ne comprend le destin qu’à partir de l’histoire ».

Le design est d’abord un mot, un anglicisme. Il n’existe pas vraiment de définition : « Je ne m’en suis pas remis, c’est un drôle d’aveu d’échec », dit-il, en évoquant les petits 5 % de ce qui s’écrit sur le design en langue française. « Il faut chercher à le définir, cesser de se contenter de son indéfinition permanente ».

Il a interrogé la salle : peut-on définir le design ? Quelques commentaires se sont sans doute écrits sur les tablettes… Il a devancé les réponses qui auraient pu s’afficher sur les écrans, entre la thèse réductionniste qui limite le design à l’art et l’architecture, et la thèse expansionniste : « Tout est affaire de design », disait en 2002, Vilem Flusser, philosophe tchèque. Un point de vue développé dix ans plus tard par Fabrice Peltier, président de l’Institut national du design packaging, « Notre vie n’est que design ».

Un mode de pensée et de communication

La définition de la corporation est descriptive, celle des chercheurs sera philosophique et elle donne une vraie mesure au design. Entre le spirituel et le matériel, le design n’est pas seulement une façon, un geste, un croquis, c’est une idée. Et parce que le design est une pensée, il devient une discipline. « On parle des sciences et des lettres, le design est la troisième voie ». Une discipline mise sur un pied d’égalité avec la science et les humanités. Le chercheur a cité les recherches menées par Bruce Archer, enseignant anglais au Royal Collège Art, dans les années 1970 à 1980, qui à l’époque définissait déjà le design comme un mode de pensée et de communication.

Entre le lire, l’écrire et le compter, il existe une autre voie d’expression, « le modeler » ou le former : c’est le design. L’auditoire a ainsi découvert la voie royale du design dont l’application numérique présentée ensuite a finalement été une pâle illustration.

Source : http://www.lepopulaire.fr/

Vignette de l’article : Stéphane Vial devant l’assistance estudiantine de Raymond-Loewy. © Meusy Patrick

Pertinence et intérêt de l’article selon designer.s !

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