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Expo design : quel Tallon !

Il a rendu confortables les trains Corail, le TGV, a inventé des sièges malins, des télés, du mobilier. Le musée des Arts décoratifs célèbre un géant du design made in France.

Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi on disait train Corail ? Parce que « confort pour le rail »… Le mot est de Roger Tallon (1929-2011). Ce génie discret n’avait pourtant pas les chevilles qui enflent. C’est grâce à ce père du design industriel à la française que notre confort quotidien s’est grandement amélioré depuis l’après-guerre, et pas seulement dans les transports. Il a tout dessiné, du plus petit au plus grand, de l’emballage de dentifrice Fluoryl au TGV. Le musée des Arts décoratifs lui rend hommage à travers nombre d’inventions de ce Géo Trouvetou. En voici quelques exemples.

LE TRAIN DANS UN FAUTEUIL, C’EST LUI

Ah, ces wagons verts avec des compartiments froids à 8 places serrées comme des sardines… Avant Tallon, le train, c’était pas le pied. Au début des années 1970, les Français plébiscitent les autoroutes, l’avion se démocratise, le train se ringardise. Roger Tallon, qui a une approche populaire du design pour tous, est appelé à la rescousse par la SNCF. Il invente le train Corail et tous les éléments de son fameux fauteuil, qui n’a pas bougé, avec la tablette coulissante et le porte-gobelet. Ainsi que le petit cendrier au bout de l’accoudoir, en fonction jusqu’à l’interdiction de fumer. Roger Tallon a aussi dessiné l’aménagement intérieur et la forme du TGV Atlantique, de l’Eurostar, de la ligne 14 du métro parisien, du funiculaire de Montmartre… Dans une interview d’époque diffusée dans l’exposition, il dit de son TGV naissant : « Il a de la tronche. »

JAMAIS SANS MON TÉLÉVISEUR PORTATIF

Ça paraît loin, mais il s’est beaucoup vendu. Fini les gros postes rectangulaires à l’ancienne : en 1963, le designer invente le téléviseur portatif, que l’on peut déplacer d’une pièce à l’autre, aux courbes très modernes. « Il a fait en sorte que ce soit léger pour que les femmes aussi puissent le porter. Roger Tallon voulait que tout le monde ait accès à quelque chose de simple, de joli mais surtout de pratique. Il cherchait l’amélioration du bien-être collectif », explique Françoise Jollant Kneebone, historienne du design, qui fut l’une de ses plus proches amies. Tallon crée un réfrigérateur avec une pédale, pour l’ouvrir même les bras chargés… Son tabouret Cryptogramme pour la cafétéria du Grand Palais est passé à la postérité, comme ses montres Lip, célèbres dans les années 1970, rééditées à la fin des années 1990.

L’ESPRIT DE L’ESCALIER

Il date de 1964, mais paraît toujours futuriste et continue à se vendre en rééditions, cet escalier en forme d’hélice, en aluminium ou désormais en bois. Son graphisme en fait une signature. Tallon aurait trouvé la forme de la marche en tendant un bas de nylon. L’exposition en montre trois, de matériaux différents. Cet escalier et la télé portative Avia, vous les avez vus dans de nombreux films avec Mireille Darc ou de Funès, de « Pouic- Pouic » à « Oscar ». Comme le lit exposé aux Arts décoratifs sur lequel s’est étendue Jane Birkin dans « la Piscine », de Jacques Deray. Tallon, proche de nombreux artistes, a aussi aidé César a réaliser ses « Expansions ». Invisible, mais incontournable.

C’était Monsieur TGV

Roger Tallon, né en 1929, s’est réfugié avec sa famille dans le Sud-Ouest pendant la guerre, avant d’être mobilisé en Allemagne en 1945. « Ses études ont été sacrifiées. C’est une génération d’autodidactes. Il a suivi une formation accélérée. Mais il est arrivé à une époque où il fallait tout reconstruire. Tous les aménagements étaient à refaire. Le confort ménager n’existait pas. Il a contribué à modifier, avec d’autres, le visage de la France », explique l’historienne du design Françoise Jollant-Kneebone. L’écrivaine et critique d’art Catherine Millet a connu Tallon avant même qu’il ne crée la maquette de sa revue « Art Press », en 1972. « J’étais une journaliste débutante. On commençait tout juste à parler de design en France. C’est Roger Tallon qui a imposé l’usage de ce mot. Il ne voulait pas entendre parler d’esthétique industrielle, l’expression alors imposée plutôt que design, parce que justement, ses objets ne recherchaient pas forcément l’esthétique, le joli. Il a d’ailleurs commencé dans les machines-outils, avant d’étendre considérablement son registre. C’est un grand designer parce qu’il a touché à tout. » Si Roger Tallon est un peu oublié, il a eu sa période de gloire, se souvient Catherine Millet : « Il a été très médiatisé. On l’appelait Monsieur TGV, ou le pape du design, dans des magazines à gros tirages. »

PRATIQUE

OÙ : musée des Arts décoratifs, 107, rue de Rivoli (Paris Ier).

QUAND : du mardi au dimanche de 11 heures à 18 heures, jusqu’à 21 heures le jeudi. Jusqu’au 8 janvier 2017.

QUOI : « Roger Tallon, le design en mouvement », une exposition qui redécouvre un créateur qui a modelé notre cadre de vie dans l’Hexagone à travers ses objets pendant un demi-siècle, de ses premiers transistors à la ligne 14 du métro.

COMBIEN : 8,50-11 €.

En savoir plus : www.lesartsdecoratifs.fr

Author : Yves JAEGLÉ pour http://www.leparisien.fr/

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