Accueil » Revue de presse » **** Faut-il avoir des c*uilles pour innover ?

**** Faut-il avoir des c*uilles pour innover ?

Aujourd’hui, la majorité des produits et services que nous utilisons au quotidien sont créés par les hommes. Et parfois, ça entraîne quelques inconvénients…

 

Un monde d’hommes « designé » par et pour les hommes

Des airbags qui tuent parce qu’ils n’ont pas été pensés pour la morphologie des femmes et des enfants : inconcevable ? Pourtant c’était encore vrai il y a quelques années. Et aujourd’hui ? Des portes d’immeuble trop lourdes, des health trackers qui ne prennent pas les périodes de menstruation en compte, des smartphones aux écrans trop larges et aux logiciels inadaptés… En 2016, la reconnaissance vocale de Google avait 70% de chances en plus de reconnaître une voix masculine. À ses débuts, Siri pouvait trouver des prostituées, du viagra et vous aider en cas de crise cardiaque. Mais le logiciel n’avait pas de réponse concernant l’avortement et répliquait « Je ne sais pas ce que vous voulez dire » si vous évoquiez un viol. Au travail également, les femmes sont oubliées. Souvent calculée en fonction du métabolisme masculin, la température standard des bureaux est en moyenne cinq degrés trop froide pour les femmes [ndlr – petit doute de designer.s sur les 5°]. Une policière a dû subir une réduction mammaire à cause des effets néfastes du gilet pare-balles sur sa santé. L’anatomie féminine reste parfois aux abonnés absents dans le design des objets qui nous entourent.

 

  … Ceci est un article de Futurband pour L’ADN

 

Suffirait-il que les femmes soient aux manettes pour changer la donne ? Sur ce terrain, rien n’est gagné. En début d’année, le CES, à qui l’on a souvent reproché l’absence d’intervenantes, a choisi d’ouvrir ses portes à plus de mixité. Mais dans des catégories bien précises : la baby-tech et la beauty-tech. Et quand l’entrepreneuse Lora DiCarlo et son sextoy connecté Osé, remportent un prix, celui-ci est aussitôt retiré – l’objet étant jugé « immoral, obscène, indécent, profane et non-conforme à l’image de la Consumer Technology Association ». En 2018, des robots strip-teaseuses et des poupées sexuelles n’avaient pas autant ému. Une belle démonstration du fait que plaisir masculin et plaisir féminin ne sont pas encore sur un même pied d’égalité.

Le monde de l’innovation reste difficile à pénétrer pour les femmes, a fortiori quand on sait qu’il faut être PDG ou DG pour participer au CES : un droit d’entrée qui coûte cher puisque l’on compte aujourd’hui plus de CEO se prénommant John que de femmes à cette fonction.

 

Et pourtant, l’avenir de l’innovation est entre les mains des femmes

Les femmes sont encore majoritairement responsables des achats. Elles font 70% des choix financiers et contrôlent 85% des dépenses aux États-Unis : un sacré pouvoir de prescriptrices qu’on ne peut donc pas ignorer !

Et en même temps que la place des femmes évolue, la prise en compte de la réalité féminine semble faire son chemin. Les menstruations, la contraception, la grossesse, la maternité ou encore le plaisir féminin… Tout ce que les femmes se sont évertuées à cacher des décennies durant représente aujourd’hui l’un des terreaux les plus fertiles en matière d’innovation. Ainsi, une marque comme Callaly replace l’usage et le confort au cœur de son design et propose des tampons hygiéniques dont la méthode d’application évite de se tâcher les mains. Nurx, quant à elle, simplifie l’accès à la contraception et aux tests MST, via une plateforme de médecins et prescriptions en ligne avec livraison à domicile. Enfin, la marque de rasoirs Billie brise les tabous et met fin aux diktats en parlant fièrement du poil féminin et en luttant contre la « taxe rose ».

 

Améliorer le quotidien des femmes : une nécessité mais surtout un point de départ

Au cœur des innovations pensées par les femmes, on retrouve souvent la bienveillance et l’empathie – ce qui leur permet de penser des produits et des services pour le plus grand nombre.

Améliorer la santé, c’est par exemple l’ambition de Jessica Richman avec son entreprise médicale uBiome et SmartJane, le premier test mondial de dépistage santé basé sur le microbiome de la flore vaginale. Mais comme la santé est l’affaire de tous, l’entreprise offre également d’autres tests de microbiome possibles.

Quand elles repensent la technologie, les femmes replacent les émotions au cœur des outils de demain. Affectiva, créée par Rana el Kaliouby, est une intelligence artificielle automobile, mais surtout émotionnelle. Capable, via la reconnaissance vocale et faciale, d’identifier les émotions des passagers, cette IA améliore la sécurité au sein du véhicule en détectant notamment les états de fatigue et ainsi avertir le conducteur. Repenser les compétences avec plus de bienveillance ? C’est la mission de Rebecca Kantar et sa start-up Imbellus, qui réinvente le recrutement et développe des tests mesurant les compétences plutôt que les connaissances.

Et pour que futur du travail rime avec égalité homme-femme, The Riveter offre des espaces de co-working pensés par et pour les femmes, mais accueillant tout le monde. Au-delà des espaces de travail classiques, on retrouve des lieux de méditation, des salles d’allaitement, des évènements inspirants, des produits féminins gratuits et des services de garde d’enfants.

Alors, l’innovation se met-elle au service de la pensée féministe ou le féminisme est-il le nouveau moteur de l’innovation ? Ce nouveau duo promet des changements dans la pensée design de demain, qui sera, on peut l’espérer, plus inclusive. Certains designs pensés pour les minorités connaissent aujourd’hui un large succès grâce à leur facilité d’utilisation. Les SMS, inventés pour que les sourds et malentendants puissent communiquer plus facilement, sont la preuve que les designs pensés pour un groupe mal considéré sont la clef d’un monde meilleur pour tous. Peut-être qu’à terme, les logiques design pensées pour les femmes s’appliqueront à tous, dans une société où intelligence émotionnelle et empathie seront les valeurs qui priment.

 

 

Vignette de l’article : © VikaValter via Getty Images

 

Cet article a été sélectionné par designer.s dans le cadre de sa veille éditoriale et intégré à sa revue de presse européenne francophone !

Pertinence et intérêt de l’article selon designer.s :

***** Exceptionnel, pépite
**** Très intéressant et/ou focus
*** Intéressant
** Faible, approximatif
* Mauvais, très critiquable
(i) . Informatif