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« Je resterai toujours un ambassadeur stéphanois »

Le directeur de l’école supérieure d’Art et de Design de Saint-Étienne va bientôt quitter la région pour diriger l’école nationale supérieure de Création industrielle à Paris. Une promotion pour Yann Fabès qui tire le bilan de ses années stéphanoises.

Quel a été votre sentiment en apprenant votre départ de Saint-Étienne après tant d’années d’enseignement et de direction ?

« Au départ, j’avoue, c’était un peu anxiogène. Ce n’est jamais simple de quitter un lieu si marquant professionnellement et personnellement. Après, le cerveau se fait aux choses. Maintenant, je me projette. Mais ici, avant de partir, je suis encore à fond dans ce que je fais. »

L’ENSCI est considérée comme la meilleure école de design de France. Vous songiez déjà à quitter Saint-Étienne pour diriger une plus grande école ?

« Pendant des années, j’étais très focalisé sur le projet stéphanois. Parce que le potentiel de développement est important ici. J’espère avoir contribué à placer l’école dans le paysage de l’enseignement du design. L’ENSCI n’a pas le même périmètre, ce n’est pas le même travail. Elle a un beau projet, mais différent. C’est de toute façon une opportunité qui ne se présente pas tous les jours. C’est un gros challenge. »

Votre départ en pleine préparation de la prochaine biennale du Design, qui se tiendra en mars et avril 2017, n’est-elle pas un handicap ?

« J’ai un petit regret, je ne verrai pas cette mouture de la biennale. Mais pour les autres, ce n’est pas un handicap. C’est une chose qu’on sait faire. Le processus est bien en place, tout est dans les tuyaux, les équipes savent ce qu’elles font. »

Pour quelles raisons, selon vous, avez-vous été nommé à la tête de l’ENSCI ?

« J’estime qu’il y a trois raisons. D’abord, il y a ce que j’ai fait avant. Le travail accompli par les équipes a mis un coup de projecteur sur l’école stéphanoise. De Paris, ils ont vu qu’il s’est passé quelque chose ici. Ensuite, il y a l’entretien, qui joue toujours bien sûr. Et puis, il y a le projet, la vision que j’ai aujourd’hui de l’ENSCI, qui, je crois, ont été plutôt appréciés. »

Justement quel est ce projet ?

« L’ENSCI est une école qui est suffisamment forte et riche pour s’articuler sur plusieurs dimensions. Elle est beaucoup portée sur l’industrie, mais il faut équilibrer avec le design de création, d’auteur. Il faut réfléchir à comment les choses s’imbriquent. Il y a aussi une analyse des formations actuelles à mener, mais ça, c’est valable partout et tout le temps. Il y a aussi un chantier sur la recherche en design. La question de l’international se pose également. Il y a déjà des échanges, des partenariats, mais la mondialisation implique de faire plus. »

Vous avez été artiste plasticien. Songez-vous à le redevenir un jour ?

« Quand on est sur un projet de ce type, ça engage totalement la personne. Je n’ai pas de frustration artistique. Je garde ça dans un coin de ma tête. Et puis, le projet de direction d’école est un peu comme un projet artistique. Il y a de la création, une harmonie à trouver. C’est comme faire un film avec une équipe. Enfin, l’art est une question qui me porte, mais le design bouscule le champ de l’art. Le design n’est pas de l’art. Il y a une commande et une finalité différente, mais il y a une créativité. Comme l’art, le design transforme le monde, mais différemment… »

Que va-t-il se passer ici après votre départ ?

« Le recrutement sera ouvert. Il y aura sans doute une vacance avant la prise de poste de mon successeur. Mais je sais que les choses se feront dans les règles de l’art. De toute façon, je resterai toujours un ambassadeur stéphanois. Je ne suis pas d’ici, mais je sais ce que je dois à la ville, à l’école et aux deux présidents qui m’ont fait confiance. C’est grâce à ça que je connais aujourd’hui ce tremplin. Je crois beaucoup en cette ville. C’est une ville où les choses sont possibles. C’est comme ça que la ville grandit et qu’on grandit avec elle. »

Author : Propos recueillis par Fabien Hisbacq pour Le Progrès

Vignette de l’article : Yann Fabès passe de la direction de l’école supérieure d’Art et Design de Saint-Étienne à l’école nationale supérieure de Création industrielle à Paris. Photo Yves SALVAT

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