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**** Le monde s’invente avec le design

De service, d’innovation sociale, d’interface, d’interaction… Nous assistons à impressionnante extension du domaine du design. Il participe à une vision renouvelée du monde.

Dès 2006, Klaus Schwab, le patron de Davos, annonçait l’arrivée de la «design economy». Dix ans plus tard, il publiait «La quatrième révolution industrielle» et se félicitait du changement dans la façon de parler de la technologie et de son impact dans le monde. La même année, à Davos, le président de Tarkett vantait son modèle de «design en circuit vertueux» et sa contribution à une économie dynamique fondée sur la collaboration et l’innovation.

Cette année, c’est sous les auspices de la coopération renforcée dans un monde fracturé qu’est placé le Forum économique mondial, alors même que Klaus Schwab propose cette fois de passer de la conscience à l’action, avec son nouvel ouvrage : «Façonner la quatrième révolution industrielle». Pointant la nécessité de nouvelles façons de penser et d’agir pour tous les acteurs, dirigeants et décideurs, les enjeux pour les entreprises d’expérimenter toujours plus avec les technologies, et notre responsabilité à tous de construire un futur technologique, accueillant et durable.
Double appel

C’est un double appel au design qui est lancé là. Appel à cette culture du faire et de la prise de risque, d’abord, inhérente à l’approche design et qui permet de repenser la chaîne de valeur et les modèles économiques à l’écoute des besoins émergents et dans le souci constant de production de solutions globales opérantes.

Appel aussi à la transversalité propre au design, dans sa volonté de renforcer l’efficacité systémique des entreprises, des interlocuteurs, des environnements. Dans une société qui se sépare plus qu’elle ne se relie, se fait criant le besoin de «reliance», selon le terme d’Edgar Morin, qui avait anticipé plus que quiconque le sens et la responsabilité du liant, de l’approche systémique, de la coopération renforcée dans un monde de plus en plus séparé, fragmenté et incertain.

Agir, innover, face à l’évolution permanente de son environnement, assumer cette culture du risque et de la rupture, construire des dynamiques collectives… de plus en plus d’entreprises et de décideurs se sont mis au diapason. Et l’on assiste à une véritable extension du domaine du design. Design de service, design d’innovation sociale, design d’interface ou d’interaction, eco-design, éco-développement, aménagement des espaces publics, des paysages, méthodes de management…, levier de transformation technologique et sociale, le design est partout.

Conjuguer le beau et le bon

Dans son livre collectif «Les nouveaux territoires du design», qui vient de paraître, la Fondation EDSL Design explore ce périmètre élargi du design. L’ouvrage y replace le design au coeur des modèles de valeur des entreprises, insiste sur le croisement des disciplines, met en avant les opportunités — et aussi les responsabilités — que portent les nouvelles technologies et les données pour notre futur et montre l’impact du design dans nos vies et dans notre rapport au monde.

Car le design a surtout cette faculté de donner de la signification aux objets et aux environnements qu’il repense. Par lui, l’objet se charge de chaleur, d’empathie, de valeur. Il optimise la fonctionnalité de façon à faire naître des qualités à la fois esthétiques et éthiques, il fait se conjuguer le beau et le bon, l’utile et le plaisir. Il participe à une vision renouvelée du monde. En 1974, Herbert Simons, le prix Nobel d’économie, avait cette formule : «est design tout processus finalisé se proposant de modifier l’ordre des choses du monde en un monde jugé plus satisfaisant».
Evangélisation nécessaire

Alors que le Royaume-Uni s’est doté d’un Design Council depuis la fin de la Second Guerre mondiale, dans un pays où son importance pour le développement économique est comprise depuis longtemps, l’appel à un ministère du design et au développement d’une culture design en France n’a pour l’instant toujours pas été entendu.

Dans le contexte français d’une sous-évaluation de la valeur ajoutée du design par les entreprises, avec une perception du design encore largement limitée au style, la publication de cet ouvrage participe de cette évangélisation nécessaire de la dimension stratégique du design. A travers le large spectre de ses contributions et des domaines qu’il interroge, il montre l’actualité et surtout l’acuité de l’approche design dans la construction du monde et des usages de demain.

Auteur : Anabel Dutrop, fondatrice du Cabinet « Une idée derrière la tête », pour Les Echos

 

Pertinence et intérêt de l’article selon designer.s !

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(i) . Informatif