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*** Olivier Peyricot : « Le design est un acteur de poids dans la société »

Directeur Scientifique de la Biennale Internationale Design Saint-Étienne 2017, Olivier Peyricot est également directeur du pôle Recherche de la Cité du design. Il revient pour nous sur la thématique et les orientations de cette 10e édition entre mutation du design objet vers un design d’usage et la volonté de mettre en lumière l’expérimentation.

Pourquoi avoir choisi la thématique des mutations du travail ?

Olivier Peyricot : La question du travail est un sujet en tension dans la société. Il est affleurant un peu partout. Avoir un travail pour avoir une présence sociale, cela compte beaucoup dans notre mode de vie. Il y a également de nombreuses tensions économiques et politiques autour du travail. L’actualité est très forte autour de ce sujet. Il suffit de se tourner vers la loi El Khomri et d’observer tout ce que ce changement cristallise. Il y a aussi une différence à entrevoir entre « travail » et « emploi ». Ce n’est pas forcément fait dans les médias ou par les politiques. L’emploi, tel qu’on l’a connu, disparaît. Ce qui n’est pas le cas pour le travail. Ce dernier est en train de muter avec l’arrivée du numérique ou de nouvelles organisations sociales et innovantes… Les choses changent et c’est ce que nous allons essayer de pointer durant la Biennale. Sachant que le design change également.

« Le design est sous influence des usages.»

Nous passons d’un design d’objet à un design d’usage ?

Le design est sous influence des usages. Il y a eu le design « critique », le design de « services » ou encore un design plus « social ». Cette dernière approche est d’ailleurs très stéphanoise. En 2008, la Biennale appelée City Eco Lab, mettait déjà en avant le travail de designers sur les organisations sociales, à des échelles où l’on ne voyait pas forcément le design. À Saint-Étienne, ce n’est donc pas nouveau et nous sommes un peu le miroir de cette évolution du design. Il y a beaucoup de projets menés avec les entreprises, les associations, les quartiers… le design a ainsi étendu son champ d’action.

On peut d’ailleurs retenir que la racine du mot design est « projet » et à Saint-Étienne, nous nous sommes intéressés au projet du design. Est-ce un projet social, un projet politique ou un projet de vie ? La Biennale 2017 est un peu le reflet de cette tendance-là. En 2008, il était étrange de penser que cette ville allait devenir une grande capitale mondiale du design. La Biennale 2017 confirme que le design est un acteur de poids dans la société.

La Biennale 2017 est très orientée vers l’expérimentation…

Oui, en effet. Nous avons décidé de reprendre la direction de la Biennale en interne à la Cité. Cette année, c’est le pôle Recherche qui dirige l’événement. Ce changement est important car cela donnera une dimension expérimentale à l’événement, mais également une méthodologie. Cela veut également dire que c’est à nouveau des designers qui pilotent le projet après qu’il y ait eu différents types de direction : par des journalistes, des historiens, des communicants… Les designers reprennent les choses en main en quelque sorte. Pour expliquer et retranscrire cette mutation du design dont je parlais précédemment, les designers restent les mieux placés.

L’expérimentation est une démarche nécessaire aujourd’hui. Il faut travailler sur des systèmes réversibles. Lorsque l’on fait des choix techniques ou d’équipements, il faut expérimenter et se dire que cela pourrait ne pas fonctionner. La réversibilité est incontournable dans notre activité. Nous avons fait des choix techniques majeurs dans la société moderne. Certains deviennent des catastrophes et il faut les assumer. Je pense par exemple au nucléaire… La réflexivité est un paramètre à considérer très sérieusement.

Une Biennale expérimentale permet de tester des choses et voir si cela fonctionne ou pas. Cette possibilité-là est une chance pour Saint-Étienne. La Biennale va attirer des visiteurs et montrer comment le territoire expérimente et peut anticiper certaines choses. Ce sera visible à la Cité du design mais également dans la ville avec le projet Rue de la République du design ou Banc d’essai. Nous mettrons en œuvre plusieurs dispositifs et la Biennale permettra de les tester, prendre le temps de choisir, de prototyper… Nous jouerons selon la méthodologie du design en faisant cela.

Biennale Internationale du Design de Saint-Étienne à la Cité du Design jusqu’au 9 avril

Auteur : Nicolas BROS pour http://www.petit-bulletin.fr/

Pertinence et intérêt de l’article selon designer.s !

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