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Pourquoi Sciences Po ouvre une école d’innovation

Sciences Po Paris annonce l’ouverture pour la rentrée 2017 d’une école du management et de l’innovation de niveau master. L’ambition affichée : former des « entrepreneurs du changement » pour lesquels l’entreprise n’est pas qu’un centre de profit, mais aussi un objet politique.

A la rentrée 2017, Sciences Po transformera son école de la communication en Ecole du management et de l’innovation. Elle formera un millier d’étudiants (1200 à terme) à des masters spécialisés, en cours de définition. Imaginée par deux co-doyens, Marie-Laure Djelic (Phd Harvard, ex professeur à l’ESSEC), et Benoît Thieulin (ex. président du CCNum, doyen de l’Ecole de communication et du master « Humanités numériques » de Science Po) , « cette école a pour vocation de former les acteurs économiques de demain capables par leur créativité et leur vision entrepreneuriale de transformer et de repenser son rôle dans la société au regard des enjeux de bien commun, qui ne doivent plus seulement relever de l’Etat », expliquent-ils.

Le bien commun comme ressort de l’entreprise

Confrontée, comme toute les écoles et universités, à une concurrence internationale acharnée, Sciences Po doit innover dans ses formations. Mais pourquoi aller concurrencer les écoles de commerce sur leur terrain? Elles aussi forment des « entrepreneurs du changement » comme le sous-titre l’intitulé de la nouvelle école. La différence ? Pas de cours de gestion mais des sciences humaines et sociales dans une approche « transdisciplinaire » et «collaborative». « Face à l’offre des business school, Sciences Po se veut une place pour réfléchir au rôle citoyen des entrepreneurs, dans un monde qui change rapidement, de manière imprévisible », résume Marie-Laure Djelic.

L’entreprise objet politique

« J’ai la conviction que l’on est au tout début d’un cycle d’innovation exponentiel très différent des cycles précédents qui visaient principalement l’amélioration de la productivité et de la rentabilité. Conséquence, les questions de créativité et innovation redeviennent centrales dans les entreprises », observe Benoît Thieulin. Selon lui, la révolution numérique qui dévore le monde est avant tout une révolution d’usages. « Le numérique est une révolution technologique, mais appliquée à une vision, politique, portée par les concepteurs d’Internet, de ce qu’ils voulaient faire du monde », rappelle-t-il. Et les entreprises du numérique, ces licornes valorisées plus d’un milliard de dollars, contribuent à changer le monde. « L’entreprise est devenue un objet beaucoup plus politique qu’avant », observe l’ex-président du Conseil national du numérique. Sciences Po est donc tout à fait légitime à vouloir former des entrepreneurs « capables de rêver l’entreprise qui n’existe pas encore », justifient les deux co-doyens de la nouvelle école.

Penser le complexe

Comment façonne-t-on ces entrepreneurs du monde numérique ? D’abord en les « formant à la complexité, en développement l’esprit critique (marque de fabrique de Sciences Po), la capacité à penser le complexe et à apprendre à apprendre », estime Marie-Laure Djelic. Ensuite, en développant la créativité, c’est-à-dire la curiosité, et la capacité à collaborer. Enfin, en inculquant l’idée que la question du bien commun n’est pas qu’une affaire publique, mais relève de la responsabilité de l’entreprise. Le tout en inculquant les bases des technologies numériques (code, algorithmes) indispensables pour comprendre et accompagner les transformations en cours. Et bien sûr, en formant aux méthodes du design thinking !

Mais pas l’innovation politique

Mais pour les questions d’innovation politique, de civitech, de régulation de ce monde qui change… C’est ailleurs qu’il faut regarder. « Il y a un an, nous avons créé une école des affaires publiques où les étudiants sont justement formés à traiter ces questions, mais beaucoup d’entre elles sont encore au stade de la recherche, observe Frédéric Mion, directeur de Sciences Po. Une chaire sur web 3.0, qui traite justement des modalités de régulation, y est en projet ». Un vrai besoin.

Author : Aurélie BARBAUX pour http://www.industrie-techno.com/

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