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**** Quelles légitimités pour les politiques publiques d’innovation en France ?

En France, les politiques publiques d’innovation représentent environ 10 milliards d’euros, soit un demi-point de produit intérieur brut, financés à 90 % par l’Etat. Les collectivités interviennent, pour leur part, à hauteur d’un milliard d’euros, dont plus de la moitié repose sur des financements régionaux.

Dans un contexte de raréfaction de la dépense publique, le débat sur la légitimité des politiques publiques d’innovation est nécessaire. Peut-être d’autant plus que le lien entre l’innovation et le secteur public ne va pas de soi. En effet, l’innovation relève du domaine du risque, de la créativité, du désordre, lorsque l’administration impose, au contraire, prudence, normes et ordre.

Or la créativité, essence de l’innovation, peut difficilement trouver terrain plus hostile que la hiérarchie administrative française héritée d’une organisation quasi militaire. Les politiques publiques d’innovation n’échappent pas à ces travers habituels : faible réactivité, niveau élevé de complexité, difficulté à s’orienter dans les quelque 62 dispositifs identifiés dans le rapport de Jean Pisani-Ferry paru en janvier 2016, « Quinze ans de politiques d’innovation en France ».

Dès lors, seule la prise de risque d’un haut fonctionnaire acceptant de couvrir de son autorité un créatif rend possible l’émergence d’une innovation. C’est, très exactement, ce que démontrent les inventeurs de la montre Swatch, Gilles Garel et Elmar Mock, dans la fabrique de l’innovation.

Pourtant, cette dernière est, sous toutes ses formes – incrémentale ou disruptive, technologique, de service ou sociétale -, au cœur de la stratégie européenne pour 2020. Elle est essentielle pour la création d’emplois de meilleure qualité, et contribue à l’amélioration globale du cadre de vie en Europe.

Dans la tradition colbertiste française, nombre de grandes innovations ont bénéficié du soutien public. Que ce soit avec la création des réseaux (fer, télécoms…) ou pour le financement du projet Iter, l’intervention de la puissance publique a été déterminante pour leur viabilité économique.

Ceci est d’autant plus vrai que le niveau de maturité technologique est faible. En France, l’Etat conserve la compétence en matière de financement de la recherche fondamentale, mais tente de transférer cette charge financière vers les régions, qui devront exercer une vigilance accrue afin de ne pas subir une énième décentralisation rampante.

De même, dans le cadre des innovations sociétales, la puissance publique est au cœur du processus créatif : le politique met à l’agenda les problèmes sociétaux pour lesquels il attend des solutions innovantes.

Ainsi, les interventions publiques ont toute légitimité pour créer un écosystème favorable à l’innovation. Cela questionne donc l’ensemble des politiques publiques. Dans la constitution de cet écosystème, les régions occupent un rôle central et rendent nécessaire la réflexion sur leur place au sein de la République française.

Auteur : Laurent Besozzi, administrateur territorial, délégué régional Paca de l’Association des administrateurs territoriaux de France (AATF) pour La Gazette des communes

Article extrait du dossier L’INNOVATION A TOUS LES ÉTAGES

Vignette de l’article : treenabeena – Fotolia

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