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***** Quelles sont les tendances du design ?

A l’occasion du Festival du Design D’Days qui se tient à Paris jusqu’au 13 mai, Olivia Mauriac réalise une interview de son directeur artistique, Scott Longfellow.

Quelle serait votre définition du mot « design » ?

Question piège ! Je peux vous donner la définition que je donne à mes étudiants : le design est une discipline pratique et conceptuelle qui a pour champ la conception d’artefact.

Plus prosaïquement, le design a pour but d’habiter le monde, je dirais même d’améliorer l’habitabilité du monde. Mobilier, interface, produit, espace, service, message… les champs d’applications du design sont très diversifiés, c’est cependant toujours un processus créatif au service du quotidien. Le design crée en partie notre façon d’être au monde : la création au service de l’usage.

Pouvez-vous nous parler du Festival du Design D’Days (lieux, évènements, etc…) ?

Le Festival du Design est un terrain de jeu pour les acteurs du design. Un moment d’expression, de recherche et de partage. Le Festival est présent dans toute la ville, cette année à travers près de cinquante adresses. Les Arts Décos seront sans aucun doute le cœur du Festival 2017 avec 19 expositions souvent interactives installées dans la grande Nef. Au Grand Palais, c’est la relation séculaire entre design et métiers d’art que nous voulons contemporaine ! Le programme Péri’Fabrique y présente huit créations qui montrent la pertinence de l’échange et du dialogue entre deux métiers complémentaires. Dans le Marais et vers Bastille, c’est la nouvelle génération que l’on présente : les femmes qui bousculent les codes au VIA grâce à l’exposition Game ChangHer d’Eyes on Talents, les projets de jeux des étudiants de plusieurs écoles à la Galerie Joseph rue de Turenne, des ateliers d’upcycling, de nouveaux éditeurs… Vous trouverez également un pop-up store avec la meilleure sélection des jeunes designers du moment.

Enfin, D’Days c’est un moment de rassemblement avec trois événements majeurs :

La Grande Braderie du Design de AIDES du 11 au 13 mai dans les Magasins généraux à Pantin : des objets de design à prix imbattables au service d’une grande cause, la lutte contre le sida !

La D’Night à la Gaîté Lyrique : une soirée pour rassembler la jeune génération du design autour des enjeux contemporains avec ateliers, battle de concepts, masterclass, etc.
La sound Design Party, toujours à la Gaîté Lyrique autour du design sonore : une après-midi pour découvrir et expérimenter les sons utiles autour d’ateliers, de démonstrations et d’expériences. Et le soir, une grande soirée de concerts !

Bref, deux semaines pour explorer le design contemporain .

Quelles sont les tendances actuelles du design ?

Le design est en pleine évolution. Les pouvoirs publics français – sauf le Ministère de la Culture – restent dans une vision assez incomplète du design qui correspond grosso modo au mobilier contemporain. Les designers d’aujourd’hui, s’ils sont des créateurs de formes utiles, sont également, et chaque jour, davantage des créateurs d’expériences. Un designer ne travaille jamais seul, il est en prise directe avec la réalité. Au-delà du bel objet, ils nous proposent, chacun à leur manière, une allure, une façon d’être dans et avec son environnement. Les enjeux écologiques et sociaux sont, il me semble, au cœur de leurs préoccupations. Le design me paraît donc s’ouvrir de plus en plus à de nouveaux enjeux, s’hybrider dans ses pratiques et dans ses domaines d’application.

Comment imaginez-vous le futur du design ?

Nous parlerons justement pendant la D’Night du design génératif. La question des algorithmes, de l’intelligence artificielle mais également la participation de chacun sont autant de transformations profondes des règles du jeu social qui vont transformer durablement les pratiques de la discipline. L’idée que le designer ne crée pas seulement des formes mais également un champ des possibles, une matrice, un cadre dans lequel l’utilisateur peut s’exprimer me paraît s’installer. Cette évolution claire de nos sociétés vers plus de virtualité et d’ « artificialité » encourage le corolaire : une attention renouvelée à la matière, au faire, au savoir-faire. L’artisanat intéresse de plus en plus, tant dans l’objet que dans le métier, le mouvement des makers s’installe dans la société… J’imagine donc le design comme un « enracinement dynamique » pour paraphraser Michel Mafessoli.

Les nouvelles technologies génèrent-elles de nouvelles formes ? Ou est-ce au contraire l’objet qui inspire le développement de nouvelles technologies ?

Joe Colombo disait que le rôle du design est de rendre la technique aimable. C’est toujours le cas, voire davantage. Qui de l’ingénieur ou du designer est le plus innovant ? Designers et ingénieurs doivent travailler de concert pour concevoir des objets et des services faciles d’utilisation, responsables, durables. Bref, pour donner du sens et un usage pertinent aux technologies. Les objets connectés ne font qu’arriver dans notre environnement, les défis sont grands.

De quel objet high-tech ne pouvez-vous pas vous séparer ?

Je ne suis pas sûr d’être très original mais mon iPhone est mon deuxième cerveau…. J’ai également du mal à me séparer de ma Jambox, l’enceinte dessinée par Yves Béhard.

Pensez-vous que les objets finiront par être tous « connectés » ?

Beaucoup le seront, mais certainement pas tous. Je pense que l’on aura toujours le goût et l’attachement pour les objets inertes, d’usage simple, de patrimoine personnel : les smartphones n’ont pas tué le carnet de note… Et puis j’espère que ce fameux droit à la déconnexion trouvera une réalité matérielle.

Les designers doivent-ils anticiper les besoins des consommateurs en observant l’évolution sociale, économique ou encore écologique ?

Un designer travaille rarement seul. Le romantisme de l’artiste inspiré dans sa tour d’argent ne s’applique pas à cette profession. Les designers sont en prise directe avec le réel, ils travaillent pour ce faire avec les ingénieurs, les décideurs publics, les marketeurs, etc. L’empathie est une qualité essentielle dans leur pratique, ils doivent donc être perméables aux évolutions de la société. J’ai cependant le sentiment, qu’au même titre que tous les autres acteurs du changement, ils ont le pouvoir de façonner l’évolution sociale, économique et écologique…

Propos recueillis par Olivia MAURIAC auprès de Scott Longfellow pour L’ADN

Pertinence et intérêt de l’article selon designer.s !

***** Exceptionnel, pépite
**** Très intéressant et/ou focus
*** Intéressant
** Faible, approximatif
* Mauvais, très critiquable