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*** Le recyclage du plastique commence par une vision commune pour des normes communes

L’Europe s’emploie à fixer un cap commun pour toutes les parties prenantes au sein de l’UE, mais regarde aussi, à juste titre, par-delà ses frontières. Logique, car le plastique ne connaît pas de frontières.

Par Gian De Belder, Packaging Technologist – Emballage durable chez Procter & Gamble

L’Europe génère chaque année 25 millions de tonnes de déchets en plastique, dont 63 % sont des emballages. Bien que notre continent soit le leader mondial du recyclage, seuls 30 % de tous les plastiques sont recyclés. Bien trop de déchets sont encore rejetés dans notre environnement. À la clé ? Le fameux  » continent de plastique « , qui flotte à la surface des océans. Un phénomène effrayant. Certaines technologies peuvent toutefois contribuer à réduire la masse de déchets. Mais il convient, pour ce faire, de définir une vision sectorielle assortie de normes communes.

Le recyclage des matières plastiques fut un sujet chaud du Forum économique mondial de Davos, en Suisse. Pas plus tard que le mois dernier, la Commission européenne a publié le rapport « Stratégie européenne relative aux matières plastiques dans une économie circulaire », dans lequel elle décrit son ambition de faire en sorte que tous les emballages en plastique sur le marché européen soient recyclables ou réutilisables à l’horizon 2030 au plus tard.

Le plan comprend une ambitieuse stratégie à l’échelle européenne qui vise à intégrer les matières plastiques dans une économe circulaire. La vision de l’UE englobe l’ensemble de la chaîne de valeur, de la conception à la production, en passant par l’utilisation et le recyclage.

Avantages

Les avantages des emballages en plastique sont légion. Ils protègent les produits, garantissent la sécurité alimentaire, facilitent le transport… Mais, comme le souligne à juste titre la Commission européenne, nous sommes tenus d’envisager le cycle de vie complet de ces emballages. S’il est en effet essentiel, un bon recyclage n’a toutefois rien d’évident avec un matériau aussi divers que le plastique. Tous les esprits convergent heureusement dans la même direction. La durabilité est une tendance qui trouve un écho croissant auprès des consommateurs, depuis quelques années. Ceux-ci estiment qu’il est important que le cycle de vie des produits et de leurs emballages soit le plus durable possible.

Les consommateurs ont d’ailleurs un rôle à jouer à cet égard : il leur incombe de trier les emballages de manière responsable, et ce, de quelque matière qu’ils soient. Nous devons certes indiquer des consignes plus fréquentes et plus claires à ce propos sur ces emballages via une norme commune, mais ce n’est pas tout. Ne sous-estimons pas non plus le confort d’utilisation : si le processus de tri et de recyclage est trop complexe, le consommateur décrochera. Il nous incombe donc, au niveau sectoriel, d’œuvrer pour des normes internationales grâce auxquelles le consommateur ne brisera pas la chaîne circulaire.

En tant que fabricant de biens de consommation, nous accueillons positivement les initiatives intersectorielles impliquant toutes les parties prenantes, comme celle de l’UE, et faisons les efforts nécessaires pour mettre tous les acteurs du secteur sur la même longueur d’onde. Soulignons, par ailleurs, le fait que l’UE souhaite encourager le consommateur à faire des choix éclairés. Mais si je vous disais que vous pouviez aussi faire le bon choix inconsciemment ? À cet égard, les technologies de recyclage permettent aux consommateurs de clore facilement la chaîne, sans grand effort supplémentaire. Pour maximiser les chances de réussite de ces technologies, nous devons insister pour l’adoption de normes européennes, voire internationales.

Ces technologies sont déjà dans le pipeline. P&G s’engage, par exemple, dans l’initiative  » New Plastics Economy  » (Nouvelle Économie des Plastiques) de la Ellen MacArthur Foundation. Son objectif consiste à lutter avec toutes les parties prenantes contre la fragmentation des normes de recyclage à travers la chaîne de valeur. Le projet pionnier Holy Grail dirigé par nos soins, qui entend développer une vision sectorielle et une marche à suivre pour la technique du traceur et du marqueur, s’inscrit aussi dans ce cadre. Les traceurs sont des pigments fluorescents ajoutés au plastique, uniquement visibles par une luminosité obtenue dans les entreprises de recyclage et conçus pour accélérer le tri des plastiques. Les marqueurs sont introduits au sein de l’emballage et sont visibles par des caméras sur les lignes de tri. Autre avantage : avec ces marqueurs, le consommateur responsable détenteur d’un smartphone peut facilement consulter les informations de tri à tout moment.

À nos yeux, ces deux technologies ont le potentiel de décharger le consommateur d’une part importante du tri. Mais c’est précisément la vision et la marche à suivre nécessaires pour développer ces technologies et les normes afférentes qui font actuellement défaut. C’est pourquoi le fait que la Commission européenne reconnaisse l’importance de ces technologies dans son document de vision et encourage l’innovation en ce sens est une bonne chose. Elles rejoignent l’ambition de l’UE de rendre tous les emballages en plastique recyclables à l’horizon 2030 sur le marché de l’UE. Nous nourrissons des ambitions similaires et nous engageons à cesser d’envoyer des déchets dans les décharges à long terme et à utiliser des matériaux 100 % renouvelables ou recyclables pour les produits et emballages.

L’Europe s’emploie à fixer un cap commun pour toutes les parties prenantes au sein de l’UE, mais regarde aussi, à juste titre, par-delà ses frontières. Logique, car le plastique ne connaît pas de frontières, comme en témoigne le « continent de plastique » qui pollue nos océans. Au niveau sectoriel, nous devons appréhender l’impact de nos activités sur le monde dans lequel nous opérons. Et cette prise de conscience s’accompagne d’une prise de responsabilité collective. Les normes internationales de recyclage constituent une priorité absolue pour le secteur et ne peuvent être édictées que par le biais d’une vision et de normes communes. Nous devons ôter nos œillères, mettre de côté les différences avec nos concurrents et collaborer de manière efficace. De précédentes collaborations telles que Petcore Europe pour les emballages PET difficiles à recycler ont amplement fait leurs preuves. Ce n’est qu’ainsi que nous pourrons mettre de côté la fragmentation et la multiplicité des normes. Quant au consommateur, il ne devrait s’apercevoir de rien.

Source: L’Echo

Vers le rapport de la CE :

Vignette de l’article : ©Belga

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