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** Rencontre avec les agitateurs du design français

Beaux, simples et décomplexés, ces objets insufflent de la qualité dans notre quotidien, une respiration dans l’uniformisation Ikea. Portrait d’une génération qui conçoit et fabrique créatif et durable.

Lors du dernier salon Maison & Objet à Paris Nord-Villepinte, le label français Petite Friture présentait sa vision de la maison idéale : « Villa P.F. ». Dans une mise en scène en phase avec son époque, le visiteur découvrait la rigueur nostalgique du mouvement Bauhaus twistée avec la couleur et les imprimés joyeux, chers aux millenials. « Nous essayons dans notre approche de proposer des atmosphères élégantes, où l’humour a sa place », défend Amélie du Passage, éditrice et fière d’avoir réuni, une fois de plus, plusieurs designers nouvelle vague sachant jouer avec ses références culturelles et créer du décalage. « Notre catalogue renferme 70 000 pièces, et notre gamme s’étend maintenant au linge de maison et au papier peint », poursuit l’entrepreneuse qui est sur tous les fronts depuis 2009, et a même signé une collab remarquée avec Monoprix l’an dernier.

Produit phare de la maison : sa lampe « Vertigo », « un objet poétique, original et proposé au prix juste », selon elle. Sa valeur ? 700 € environ. Juste assez pour voir défiler cet abat-jour, dont les rayons font penser à ceux du soleil, dans tous les intérieurs branchés de France et de Navarre. Sont venus ensuite d’autres bests : le miroir « Francis », clin d’œil à l’oxydation des miroirs anciens, les patères « Bubble » en forme de bulles de chewing-gum-gum ou les tabourets doudous « Petstools ». L’esprit résidence d’artistes, un tantinet canaille, trouve sans doute ses racines dans la démarche décomplexée du collectif 5.5. Engagés dans un design durable, ces trublions détournent des objets pour leur offrir esthétique et utilité inédites.

Projets militants

En 2003, leur projet de fin d’étude, « Réanim », consistait à greffer des pièces en plastique sur du mobilier de récup pour leur donner une seconde chance. C’était les prémices de l’upcycling. Électrifier le presse-agrumes de nos grands-mères réinventer l’éponge Scotch-Brite… En ce moment, ils trafiquent les verres Duralex (ceux de la cantine) pour décliner cafetière, service « apéro » presse-agrumes, etc. « Ce qui est intéressant, c’est le pouvoir que peuvent exercer les designers sur les marques et le consommateur », explique Jean-Sébastien Blanc, le « communicant » du collectif. L’esprit « hackeur » des 5.5 a séduit McDo, Energizer, Veuve Clicquot, LaCie… pour revoir un plateau de service, dessiner un produit ou un packaging. Décloisonner le design, revenir à la dimension utilitaire d’un objet, prendre en compte l’économie dans la production, voilà de nouvelles caractéristiques que ces créatifs revendiquent.

Parmi eux, Mathieu Lehanneur est entré dans le top du militantisme, avec son projet Andrea, un purificateur d’air futuriste à base de plantes, totem des lieux green cool de la capitale. Pour financer ses projets « prospectifs », dans les secteurs de la santé ou du développement durable, il prend des chantiers plus classiques comme la décoration des restaurants sans gluten Noglu, du Café Mollien du Louvre ou le design du nouveau musée itinérant de l’horloger Audemars Piguet. Une de ses plus grandes fiertés : « Demain est un autre jour ». Il s’agit d’une installation météorologique pensée pour redonner du baume au cœur dans les hôpitaux. Une dimension bienveillante accompagne ses créations. D’autres invitent à la réflexion comme la table basse Liquid, qui imite le mouvement de l’eau. Celles-ci sont exposées chez Carpenters Workshop Gallery, dirigée par Julien Lombrail, designer engagé. « Je n’ai jamais aimé m’asseoir sur du mobilier industriel », lâche celui-ci avec une once de provocation. Son combat à lui : offrir un véritable laboratoire pour les designers émergents et même les artisans.

Chez Carpenters (charpentiers, en français), les pièces sont toutes des éditions limitées : « Ce sont avant tout des meubles artisanaux, sculpturaux et locaux, fabriqués spécialement dans notre atelier près de Roissy », défend celui qui a fêté l’an dernier les 10 ans de sa galerie. Un goût pour l’unique, le rare, qui commence à s’exporter maintenant en dehors du premier cercle d’aficionados. « Il y a un vrai retour de l’artisanat dans nos intérieurs, et les designers savent innover avec ces outils-là », confirme Noé Duchaufour-Lawrance, une des nouvelles signatures vedettes du secteur, à l’origine, entre autres, des lignes futuristes et organiques du canapé et de la table basse Borghese, deux créations éditées par La Chance.

Les nouveaux labels

En amont de la création, des start-up sont apparues, désenclavant le milieu des enseignes françaises et italiennes trustées par un Philippe Starck ou un Jean Nouvel. La Chance, justement, est née en 2012, de la rencontre entre un architecte et un ancien de PPR (à présent Kering), qui ne voulaient pas que proposer des canapés, des tapis au design inédits, mais voulaient en plus remettre les savoir-faire au goût du jour. « C’est une génération sûre de ses choix, qui aime à la fois l’autonomie et le travail collaboratif et qui sait communiquer », confirme Robert Stadler. Designer indépendant à Paris, il est l’un des premiers à avoir navigué à la frontière de l’art et du design, en dessinant notamment des ustensiles pour Moulinex, ou des installations dans les lieux publics, comme dans le hall de la gare Saint-Lazare cet hiver.

Autre innovation montante, à laquelle adhère Stadler : « l’autoédition ». Chaque designer fabrique directement son objet, marqué ainsi de sa signature. Pour Alexandra Bénaïm, à la tête d’un bureau de presse déco influent (et de 10 000 followers sur son Instagram), c’est l’avenir : « Internet n’est pas seulement une source d’inspiration, c’est aussi un outil commercial qui a bouleversé la donne : grâce aux réseaux sociaux, on peut découvrir une création à l’autre bout de la planète et la commander instantanément. » La révolution design est en marche. Il suffit juste de cliquer.

Auteur : Alfred Escot pour http://www.grazia.fr

Pertinence et intérêt de l’article selon designer.s ! 

ATTENTION ! Un commentaire designer.s s’impose : Survol rapide, partiel, superficiel et approximatif, …

***** Exceptionnel, pépite
**** Très intéressant et/ou focus
*** Intéressant
** Faible, approximatif
* Mauvais, très critiquable