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Une histoire du design en 450 meubles

Exposition. Vitra vient d’inaugurer son nouveau bâtiment, le Schaudepot. En vedette dans cet espace à la fois musée et entrepôt, des pièces charnières qui racontent deux siècles de création.

«Le Vitra Design Museum n’est pas un musée Vitra, c’est un musée du design», précise d’emblée Matteo Kries, son directeur. L’institution, basée sur le «campus» de la marque helvète, à Weil am Rhein, du côté allemand de la frontière, près de Bâle, vient d’inaugurer son Schaudepot, une construction de briques rouges signée Herzog & de Meuron. Cet «entrepôt de démonstration» complète le bâtiment principal et la «gallery», consacrés aux expositions temporaires.

Prévu dans un premier temps pour héberger exclusivement les quelque 7000 pièces des collections du musée, le Schaudepot abrite aussi la collection permanente, soit 450 meubles qui retracent l’histoire du design de 1800 à nos jours. Trois petites expositions temporaires complèteront chaque année la démonstration, en mettant l’accent sur un courant ou un thème particulier – actuellement, des créations s’inscrivant dans le mouvement du radical design italien des années 60. La Mamma, le fameux canapé aux protubérances girondes de Gaetano Pesce et le cactus de Drocco/Mello dialoguent ainsi avec des chaises en bois du début du XIXe siècle et des sièges réalisés à l’imprimante 3D en ce début du XXIe.

Dénominateur commun de tous ces meubles: l’innovation, mot d’ordre qui décide également de l’entrée d’une pièce dans les collections. «Nous recherchons avant tout les pièces qui en font la preuve sur les plans technique ou stylistique. Et nous essayons d’être exhaustifs au niveau des designers, des époques et des styles», déclare le directeur.

Dans l’exposition permanente, chaque pièce raconte un pan de l’histoire du design. Prenons les chaises Thonet, nées au milieu du XIXe siècle. «La technique du bois courbé n’était pas nouvelle, mais jusqu’alors on l’utilisait pour des détails, comme un accoudoir, un dossier. Thonet a été le premier à en exploiter tout le potentiel et à lancer une production industrielle», explique Matteo Kries. Le travail du bois a d’ailleurs longtemps dicté la façon dont les designers concevaient leurs meubles.

La Barcelona Chair en est un parfait exemple. Si les modèles actuels de cette icône ressemblent trait pour trait à l’original, c’est dans les détails que se cachent les variations. «Au début, les composants de la structure métallique étaient vissés. Mies van der Rohe travaillait à partir de ce qu’il connaissait: le bois. Ce n’est que plus tard que ces pièces ont été soudées.»

Un tournant : l’impression 3D

L’histoire du design s’écrit ensuite en plastique, avec Charles et Ray Eames, qui cherchaient à réaliser une assise épousant la forme du corps. Ils échouent avec le bois, mais se vengent en étant les premiers à utiliser une résine de polyester renforcée de fibre de verre pour leur fameuse Plastic Side Chair. Cette chaise est aujourd’hui fabriquée en polypropylène, se décline en une foule de nouvelles couleurs et a même gagné 20 mm de hauteur pour s’adapter à notre morphologie et à la taille de nos tables. Autant de raisons qui, pour Matteo Kries, expliquent le statut désormais iconique de ce meuble.

«Un meuble qui suit l’évolution de la société et des matériaux devient et demeure un classique. Dans l’idéal, ces modifications doivent être élaborées en accord avec les designers ou avec leurs héritiers. Ce fut le cas.»

La pièce la plus récente de l’exposition marque un autre tournant, celui de l’impression 3D. L’Aluminium Gradient Chair, de Joris Laarman, ne date que de 2014. C’est la première chaise réalisée dans ce matériau avec cette technique qui, jusqu’alors, ne permettait d’obtenir que des objets en résine qui n’avaient de design que le nom. Ce n’est encore qu’un prototype mais, la technologie évoluant très rapidement, il est légitime de penser qu’on pourra aussi, bientôt, tester sa fonction première: s’y asseoir.

Author : Sylvie ULMANN pour http://www.hebdo.ch/

Vignette de l’image : LES COLLECTIONS VITRA L’espace dédié à la création, avec au centre la table Quaderna (1970), du Superstudio, et le fauteuil La Mamma (1969), de Gaetano Pesce.

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